Psoriasis : bien plus qu'une maladie de peau
Chaque année, le 29 octobre, la journée mondiale du psoriasis rappelle que cette maladie inflammatoire de la peau touche environ 2 % de la population belge. Elle pèse sur la santé physique comme mentale.
Publié le: 23 septembre 2026
Par: Sandrine Cosentino
7 min
Photo: ©AdobeStock - Le psoriasis est inflammation chronique caractérisée par des plaques recouvertes de squames qui démangent au moindre frottement. des
"Je porte un uniforme sur mon lieu de travail. J'étais constamment préoccupé par les squames [petites peaux blanchâtres, NDLR] que mes collègues pouvaient voir sur ma veste", se souvient François Jacquemin, atteint de psoriasis sévère, notamment au cuir
chevelu. Aujourd'hui sous traitement biologique, il souhaite transmettre un message d'espoir via l'association de patients Psoriasis-Contact.
Mais concrètement, c'est quoi le psoriasis ? Maladie inflammatoire chronique d'origine immunitaire, elle fait partie de la grande famille des maladies auto-immunes, regroupant plus de 80 pathologies. Pour faire simple, le système immunitaire du patient, censé le protéger contre les infections et agressions extérieures, se dérègle. Au lieu de s'attaquer à un vrai danger comme une infection, il se défend par erreur contre les cellules saines de la peau. Cette réaction mal dirigée provoque une inflammation chronique — d'où les rougeurs — et accélère le renouvellement des cellules de la peau. Résultat : des plaques recouvertes de squames qui démangent au moindre frottement.
En Belgique, le psoriasis toucherait entre 300.000 et 400.000 personnes, soit une personne sur 30 selon l'asbl Psoriasis-Contact.
Les causes de la maladie
De nombreux patients s'interrogent sur les causes de la maladie. Les scientifiques n'ont pas encore identifié tous les mécanismes déclencheurs et facteurs aggravants du psoriasis mais s'accordent sur son origine multifactorielle. Un psoriasis se déclare le plus souvent sur un terrain génétique et immunitaire prédisposant. Les antécédents familiaux sont un facteur de risque important mais pas systématique.
Un élément extérieur — une infection, un stress intense, un médicament, un vaccin… — peut déclencher ou réactiver les crises inflammatoires. "Typiquement, une personne qui souffre d'une angine peut faire sa première poussée de psoriasis, illustre Céline Dandoy, dermatologue à l'Hôpital universitaire de Bruxelles. L'alcool est également connu pour réactiver les symptômes. Le tabac aussi mais la situation est plus complexe : parfois le stress lié au sevrage tabagique influence les crises. Et pour l'alimentation, c'est au cas par cas. Certains patients constatent qu'en supprimant le gluten, ils vont mieux. Pour d'autres, c'est le sucre."
Le prix caché de la maladie
Au-delà des mécanismes biologiques, le psoriasis a aussi un coût, souvent invisible. "Le plus difficile à gérer, ce sont les regards et les réactions des autres, témoigne Dany Mathieu, présidente de l'association Psoriasis-Contact. Certaines personnes ont un mouvement de recul quand elles aperçoivent les plaques, alors que ce n'est pas du tout contagieux."
Par peur ou par honte, les patients ont tendance à s'isoler. L'anxiété et la dépression les touchent davantage. D'après Psoriasis-Contact, 20 % d'entre eux seraient sous antidépresseurs et 50 % auraient une vie sexuelle altérée en période de crises. (Ces chiffres proviennent d'enquêtes déclaratives de patients de l'asbl Psoriasis-Contact.)
Image de soi fragilisée, peur de dégoûter son partenaire, libido en baisse et crainte de raviver les plaques par frottement : les relations intimes deviennent un vrai défi. Le psoriasis peut également se développer sur les parties intimes externes et provoquer des douleurs lors des rapports. "Les questions autour de la sexualité sont encore assez taboues. Il est vraiment important d'en parler avec un dermatologue spécialisé", recommande François Jacquemin.
Contacter l'association de patients Psoriasis-Contact
02 372 37 67 - psoriasis-contact.beSe soigner sur la durée
Une bonne gestion du psoriasis est primordiale sur le long terme. Pourtant, pour de nombreux malades, un épuisement physique et psychologique s'installe au fil du temps : souhait d'oublier la maladie, découragement face au traitement, posologie non respectée, impression que la crème n'est plus utile une fois les plaques disparues…
L'évolution de la maladie est imprévisible et varie d'une personne à une autre. L'arrêt précoce de l'application d'une crème à base de cortisone provoquera, dans la plupart des cas, une nouvelle crise plus sévère et le recours à un traitement plus lourd.
Le psoriasis ne se résume pas à la peau : l'inflammation provoquée circule dans tout l'organisme. "J'informe toujours mes patients des risques de maladies associées pour leur faire prendre conscience de l'importance de se soigner correctement", précise Céline Dandoy, dermatologue. Les problèmes cardio-vasculaires sont aujourd'hui bien documentés. L'inflammation chronique liée au psoriasis expose davantage à des AVC et infarctus car elle contribue à l'épaississement des artères.
Mais le coeur n'est pas le seul concerné. Une étude américaine récente montre que les personnes atteintes de psoriasis sont plus susceptibles de développer un diabète de type 2, les deux affections partageant des causes biologiques communes.
Environ un patient sur trois souffrant de psoriasis cutané développera une arthrite psoriasique, c’est-à-dire une atteinte inflammatoire des articulations. Les dégâts sur la mobilité peuvent être irréversibles sans une bonne prise en charge. "Quand mes patients ressentent des douleurs articulaires, je les oriente toujours vers un rhumatologue", insiste la dermatologue.
Traiter les plaques aide à réduire cette inflammation globale présente dans le sang et limite les risques de complications métaboliques, cardiovasculaires et articulaires.
Vers qui se tourner ?
"De nombreuses personnes errent longtemps dans le désert avant d'être suivies de manière efficace par un médecin, constate François Jacquemin. Certains ne veulent plus entendre parler de soins, d'autres sont prêts à tout."
Pourtant, différents traitements améliorent significativement la vie des patients dans plus de 75 % des cas, assure l'asbl Psoriasis-Contact. Les biothérapies — injections neutralisant les molécules responsables de l'inflammation — ont considérablement modifié les prises en charge des psoriasis sévères, très étendus ou localisés sur des zones invalidantes.
Les traitements locaux (crèmes, lotions, onguents…), associés à une bonne hydratation de la peau, sont utilisés pour les psoriasis légers et modérés. La photothérapie — traitement par rayons ultraviolets — ralentit la multiplication des cellules de la peau et soulage l'inflammation.
Un dermatologue spécialisé dans les maladies inflammatoires est le plus à même de prescrire un traitement adéquat. "Ne restez pas seul, soulignent François Jacquemin et Dany Mathieu, représentants de l'asbl Psoriasis-Contact. Des solutions existent pour contrôler le psoriasis."
Info et intox !
Le psoriasis est très visible chez les personnes qui en souffrent. Pourtant, il reste souvent mal compris, davantage que d'autres affections cutanées comme l'eczéma.
- La maladie se traite mais ne guérit pas : comme les autres maladies chroniques, il y a des périodes de répit et des moments de crises. Tout dépend de la gestion des facteurs aggravants comme le stress, les infections, les médicaments, l'alimentation et l'hygiène de vie.
- Ce n'est pas contagieux : "De nombreuses personnes pensent que le psoriasis est contagieux, révèle Céline Dandoy, dermatologue à l'Hôpital universitaire de Bruxelles. Or ce n'est pas du tout le cas puisqu'il s'agit d'une maladie auto-immune."
- Ce n'est pas en lien avec un manque d'hygiène : la saleté ou la négligence corporelle n'ont absolument aucun lien avec le mécanisme de dérèglement du système immunitaire.
- Ce n'est pas une maladie psychosomatique : "Le stress peut être un facteur déclenchant ou aggravant les crises mais ce n'est en aucun cas la cause de la maladie", rappelle la dermatologue.
- Ce n'est pas une allergie : le processus en cause dans le psoriasis n'a rien à voir avec le processus d'une allergie et ne se traite donc pas de la même manière.
- Ce n'est pas une maladie rare : la maladie touche 2 à 3 % de la population mondiale. Si elle semble invisible, c'est parce que la honte pousse très souvent les patients à se cacher.
- Ce n'est pas strictement héréditaire : les scientifiques parlent de prédisposition génétique mais pas de transmission héréditaire directe.
- Une personne atteinte de psoriasis n'aura pas d'office une autre maladie inflammatoire : "Comme toute maladie auto-immune, quand on en a une, on a plus de risques d'en avoir une autre puisque c'est le reflet de l'hyperactivité du système immunitaire, mais ce n'est pas systématique", précise Céline Dandoy.
Journée d'information sur le psoriasis
L'asbl Psoriasis-Contact organise une journée dédiées aux patients et à leurs proches. Les spécialistes invités aborderont la maladie sous différents angles et feront le point sur les dernières avancées scientifiques.
Samedi 31 octobre, 10h -18h
Bruxelles, place Royale 11
Gratuit, inscription souhaitée sur psoriasis-contact.be/pso-day