Santé publique

Problème de santé rime avec vulnérabilité numérique

Le mauvais état de santé aggrave la fracture numérique selon le dernier Baromètre de l’Inclusion numérique de la Fondation Roi Baudouin. Plus d’une personne sur deux (56 %) déclarant un problème de santé ou une invalidité est en situation de vulnérabilité numérique, contre 36 % parmi les personnes ne rapportant pas de problème de santé.

Publié le: 02 octobre 2026

Mis à jour le: 02 octobre 2026

Par: Clotilde de Gastines

4 min

une dame âgée consulte son médecin en ligne sur tablette

Photo: ©AdobeStock// Dans cette nouvelle édition du baromètre, une variable permet d’identifier l’influence de l’état de santé sur les différentes formes d’inégalités sociales numériques

Les ménages belges n’ont jamais été aussi connectés à internet. Pourtant, les inégalités sociales numériques restent importantes selon la Fondation Roi Baudouin, qui publie la quatrième édition du Baromètre de l’Inclusion numérique en amont de la Semaine Numérique qui se déroule du 6 au 16 octobre.

Réalisé par des équipes de recherche IACCHOS-CIRTES de l'UCLouvain et imec-mict-UGent, celui-ci documente l’évolution des inégalités sociales numériques en Belgique, afin de fournir aux décideurs politiques, aux institutions et aux acteurs de terrain des données fiables pour orienter leurs actions.

Depuis l’édition précédente, une nouvelle variable permet d’identifier l’influence de l’état de santé sur les différentes formes d’inégalités sociales numériques. Elle est calculée à partir de l’indicateur synthétique européen le “GALI” (Global Activity Limitation Indicator- indicateur global de restriction d’activité) pour saisir la limitation dans les activités à cause des problèmes de santé.
 

Une personne sur deux en invalidité est en vulnérabilité numérique

Résultat : plus d’une personne sur deux (56 %) déclarant un problème de santé ou une invalidité est en situation de vulnérabilité numérique, contre une personne sur trois ne rapportant pas de problème de santé. Pour 9 % des personnes confrontées à un problème de santé ou à une invalidité, cette vulnérabilité provient de leur non-utilisation d’internet, soit une proportion trois fois plus élevée que celle observée parmi les personnes sans problème de santé (3 %).

L’intégration des personnes âgées de 75 à 89 ans dans l’étude a tendance à renforcer ces écarts, car le taux de vulnérabilité numérique atteint alors 61 % parmi celles qui déclarent un problème de santé ou une invalidité, contre 39 % pour celles sans problème de santé. « Étant donné que les problèmes de santé ont tendance à se renforcer avec l’avancée en âge, les résultats suggèrent clairement que les difficultés liées à la santé et à l’âge tendent à se renforcer mutuellement, faisant émerger des situations de cumul de vulnérabilités face à la numérisation accélérée de la société » précisent les chercheurs.

Une personne sur trois demande de l’aide


Pour les internautes ayant un problème de santé, plus d’un tiers d’entre eux (35 %) demande de l’aide, contre 26 % de leurs homologues en bonne santé. Il leur faut composer avec l’essor de l’e-santé, dont l’usage a connu la progression la plus importante (+11 points à Bruxelles, +23 points en Flandre et +27 points en Wallonie) par rapport à l’e-banque, l’e-administration et l’e-commerce.

"Cette évolution témoigne vraisemblablement de la poursuite de la numérisation des services de santé, autant que de leur appropriation progressive par la population", observent les chercheurs, qui relèvent des écarts importants entre selon le niveau d'éducation (58% en vulnérabilité pour les moins diplômés, contre 19% pour les plus diplômés) et selon les revenus (40% pour les plus modestes, contre 23% pour les plus aisés).

Si l’e-santé est le service dont l’usage a connu la progression la plus forte parmi les usagers aux revenus modestes au cours des deux dernières années, "le ‘retard‘ initial impose de relativiser cette évolution" insistent-ils.
 

Le smartphone ne suffit pas

Enfin les auteurs rappellent que le smartphone ne peut pas tout faire. Près de six usagers sur dix (58%) qui n’ont que leur smartphone comme moyen de connexion n’utilisent pas les services numériques de santé, contre 25 % parmi les usagers multiconnectés. Ces usagers "monoconnectés" sont certes minoritaires, mais cela "ne doit pas faire oublier leur forte vulnérabilité face à la norme actuelle de la multiconnexion", précisent les auteurs, qui rappellent que "le numérique ne peut constituer l’unique porte d’accès aux services essentiels". Ils recommandent de maintenir des alternatives de qualité, humaines et non numérique pour garantir à l’ensemble de la population l’exercice effectif de ses droits fondamentaux.

Ils concluent : "Les inégalités sociales numériques ne disparaissent pas, elles se déplacent. Elles concernent désormais moins l’accès aux technologies que la qualité des équipements et les conditions d’accès, ainsi que la maîtrise de compétences critiques telles que la sécurité en ligne, l’autonomie face aux services essentiels et la capacité à s’approprier avec discernement les nouveaux outils comme l’intelligence artificielle".