Droits du patient
Trop nombreux, trop coûteux : les "malades de longue durée" sont dans le viseur du gouvernement fédéral. En quelques questions, En Marche vous aide à y voir clair sur l'invalidité. Pour alimenter la réflexion de manière nuancée.
Publié le: 18 février 2026
Par: Joëlle Delvaux
6 min
Photo: © AdobeStock//Lombalgies, tendinites... les troubles musculo-squelettiques sont à l’origine de près d’une invalidité sur trois.
L’expression "malade de longue durée" ne correspond ni à une notion médicale, ni à un statut, ni à une catégorie d’assurés sociaux. Apparue dans les débats publics, cette formulation politique ne recouvre aucune définition précise.
Dans l'assurance indemnités, on distingue l’incapacité primaire de l’invalidité, selon que la durée de l'incapacité de travail dure moins ou plus d’un an. Par analogie, on peut assimiler les "malades de longue durée" aux "invalides", un terme jugé péjoratif, à commencer par les premiers concernés.
Deux catégories de troubles expliquent près de 70 % des invalidités chez les salariés et demandeurs d'emploi : les "troubles mentaux et du comportement" (38,2 %) et les "troubles musculosquelettiques" ou TMS (31,8 %), tous deux en hausse entre 2017 et 2023 (+23 % et +18 %). Les autres causes sont les cancers, maladies cardio-vasculaires, maladies neurologiques, lésions traumatiques et intoxications.
Les TMS sont la conséquence d’un travail physiquement pénible, complété par une charge excessive. L'Agence européenne pour la sécurité et la santé souligne que le stress chronique, le harcèlement et l'absence d’autonomie contribuent à l’apparition ou à l’aggravation des TMS.
Parmi les personnes en invalidité pour des "troubles mentaux et du comportement", environ 70 % souffraient de burnout ou de dépression en 2023. À eux seuls, ces deux diagnostics représentent plus d’un quart de toutes les invalidités. Et le burnout enregistre la plus forte progression : + 54 % en cinq ans, les femmes étant les premières touchées.
Contrairement à une idée tenace, ce ne sont pas les fragilités individuelles qui expliquent le burnout. Les caractéristiques personnelles sont "secondaires" face aux facteurs liés au travail, rappelle l’OMS. Une charge de travail excessive, de mauvaises relations avec la hiérarchie ou les collègues, une insécurité d’emploi, des relations difficiles avec le public sont les principales raisons évoquées par les affiliés de la MC dans une étude menée en 2024, intituée "Comment les membres de la MC perçoivent-ils l'accompagnement vers le retour au travail ?". Des constats qui plaident pour dépasser la responsabilisation individuelle et agir collectivement.
D'après les données de l'Inami pour 2023, près de la moitié des travailleurs en incapacité reprennent spontanément le travail dans les 3 mois. Le pourcentage monte à 68 % après 6 mois et à 82 % entre 11 et 12 mois. La grande majorité des travailleurs retournent donc au travail avant le passage en invalidité (1 an). Toutefois, jusqu'à 18 % sont susceptibles de franchir ce cap, et ce pourcentage est en augmentation. Il était de 7 % seulement en 2015.
À noter qu’en 2023, 16,16 % des personnes indemnisées en invalidité disposaient d’une autorisation pour exercer une activité à temps partiel. Un pourcentage en hausse constante. L’image d'éloignement du marché du travail qui colle à la peau des "malades de longue durée" est donc à nuancer.
Fin 2022, la barre symbolique des 500.000 travailleurs en invalidité a été franchie. En moins de 20 ans, leur nombre a plus que doublé. Si les conditions de travail jouent un rôle majeur, d’autres facteurs structurels expliquent cette tendance :
• Dans un marché du travail qui se féminise, les femmes sont souvent piégées par des conditions de travail difficiles qu’elles cumulent avec une forte charge de travail informel.
• Le vieillissement démographique augmente la présence des travailleurs âgés dans les statistiques d’invalidité, d'autant plus que l'état de santé se dégrade avec l'âge. Plus d'un invalide sur deux avait plus de 50 ans en 2023.
• Le relèvement de l'âge de la pension légale ainsi que le durcissement des conditions d'accès à la pension anticipée et aux régimes de fin de carrière augmentent la durée des invalidités.
Il n’existe pas de statistiques internationales harmonisées. Les définitions, régimes et dispositifs varient fortement selon les pays, tout comme les modalités d'indemnisation. Toutefois, les ordres de grandeur sont clairs : la Belgique se situe dans la norme — environ 9 à 10 % de la population active au sein des pays de l’OCDE — et compte moins de malades de longue durée que l’Allemagne ou les Pays-Bas par exemple.
C'est faux. Le médecin-conseil et l’équipe pluridisciplinaire de la mutualité évaluent l’incapacité de travail et accompagnent la personne en vue d'une reprise. Un questionnaire au 3ᵉ mois oriente le suivi, puis des convocations ont lieu à 4, 7 et 11 mois - avec dossier médical - pour décider de la poursuite ou non de la reconnaissance d'incapacité. Avant 6 mois, le médecin-conseil évalue les capacités à reprendre le poste habituel. Après 6 mois, il les examine au regard d'un autre travail ou emploi possible. À 11 mois, s'il estime que l’état de santé de la personne le justifie, celle-ci entre en invalidité, validée le plus souvent par les médecins inspecteurs de l’Inami qui peuvent toutefois procéder à des contrôles. La personne est ensuite régulièrement convoquée par le médecin-conseil.
Le système est donc strictement réglementé et encadré, avec des étapes précises et des procédures rigoureuses, assorties de sanctions financières en cas d'absences injustifiées à des convocations ou de retards dans les démarches.
Non, ces indemnités relèvent de la sécurité sociale. Il faut avoir cotisé et travaillé suffisamment pour y avoir droit. Plusieurs conditions sont à remplir par le salarié ou le chômeur assimilé :
• Être reconnu en incapacité d’au moins 66 % par le médecin-conseil (ce qui suppose l'existence de capacités à travailler avant de tomber en incapacité).
• Avoir presté 180 jours de travail ou assimilés sur l’année (ou 800 heures pour un temps partiel).
• Avoir accompli un stage d'attente de 12 mois (sauf dispense).
• Ne pas avoir perdu la "qualité" de salarié ou chômeur dans les 30 jours du début d'incapacité.
Pour la personne dont le handicap ou l'état de santé est le plus souvent irréversible, constituant une barrière à l'emploi sur le marché du travail "classique", il existe l'allocation de remplacement de revenus (ARR) pour personnes handicapées, octroyée par le SPF Sécurité sociale.
Ce revenu de remplacement équivaut à 65 % du salaire plafonné pour une personne avec charge de famille, 55 % pour un isolé et 40 % pour un cohabitant. Mais des montants maximums journaliers sont fixés. Ainsi, par exemple, la personne entrée en invalidité depuis 2024 perçoit au maximum environ 121 € si elle a une charge de famille, 102 € si elle est isolée ou 74 € si elle est cohabitante. Sur la base de 6 jours indemnisables par semaine, le montant reste significativement inférieur à un salaire complet, surtout pour les isolés et les cohabitants. De plus, il s'agit de montants bruts. Et les personnes en invalidité depuis plusieurs années perçoivent des maximas moins élevés.
En tout état de cause, les indemnités d'invalidité ne permettent pas le maintien du niveau de vie antérieur alors que, le plus souvent, la personne doit faire face à des dépenses supplémentaires liées à la santé. La mise à l'arrêt des revalorisations des indemnités les plus basses et le report de deux mois de l'indexation des allocations sociales ne vont certainement pas améliorer la situation.
"25 % des malades de longue durée sont de faux malades". Cette petite phrase, prononcée en octobre dernier par le ministre fédéral de l'Emploi, David Clarinval, s'était répandue comme une traînée de poudre, alimentant un discours populiste dans un contexte budgétaire difficile.
D’où vient ce chiffre ? Le ministre a puisé dans les données provenant d’un contrôle de l’Inami destiné à évaluer le travail des médecins-conseils des mutualités. Ce contrôle portait sur 1.840 personnes dont l’incapacité de travail avait été prolongée jusqu’à l’âge de la pension (la moitié avait plus de 60 ans).
Pour les personnes atteintes de maladies graves et irréversibles, l’Inami a confirmé la décision des mutualités dans 95 % des cas — un pourcentage que le ministre n’a pas mentionné. Pour les 768 personnes souffrant d’autres pathologies, l’Inami a estimé que dans 27,2 % des cas, l’invalidité ne se justifiait plus. Sont-ils pour autant des "faux malades" et cela autorise-t-il une généralisation à toute une catégorie sociale ?