Santé mentale

Jeunes : de l'autre côté du miroir

Rituels de soins, injections cutanées, chirurgie esthétique… : nombreux sont les jeunes qui veulent se conformer aux canons de beauté imposés par les réseaux sociaux. Comment construire son image et son estime de soi dans un univers où l’apparence est sans cesse mise en scène ? Zoom sur un phénomène qui façonne toute une génération. 

Publié le: 11 septembre 2026

Mis à jour le: 11 septembre 2026

Par: Joëlle Delvaux

4 min

deux jeunes filles se regardent dans le miroir

Photo: ©AdobeStock//

Injections de botox et d'acide hyaluronique, augmentation mammaire, liposuccion, chirurgie des paupières ou du nez, traitements au laser… Les interventions médicales esthétiques n'ont jamais été si populaires. Selon la Société internationale de chirurgie esthétique, plus de 223.000 interventions chirurgicales et non chirurgicales ont été recensées en 2023 dans notre pays. La tendance au rajeunissement est manifeste : les 18-35 ans sont désormais aussi enclins —­ ­­­voire davantage — ­ que les plus de 50 ans à recourir à des pratiques transformatrices du corps. Contrairement à leurs aînés, ils et elles vivent ces interventions au grand jour, en parlent ouvertement, voire s'exposent et partagent leurs expériences en ligne. 

Les candidats et candidates au remodelage du corps (lèvres, fesses, pommettes, seins…) veulent ressembler aux influenceurs et influenceuses popularisés par les télé-réalités… ou à leur propre profil modifié par les filtres. Les réseaux sociaux, avec leurs puissants algorithmes, amplifient le phénomène et aggravent l’image corporelle et le mal-être des ados déjà vulnérables. 

Cette recherche de perfection commence dès l'enfance, par des routines de beauté aussi inutiles que coûteuses, promues par l'industrie cosmétique, alors que les dermatologues recommandent la plus grande parcimonie pour éviter les risques précoces d'allergies ou de sensibilisation de la peau. 

Une banalisation pas sans risques

La quête de jeunesse éternelle débute aussi de plus en plus tôt. Les injections d'acide hyaluronique et de toxine botulique, principalement indiquées pour corriger les signes du vieillissement, sont perçues par certains jeunes dès la vingtaine comme un soin courant pour "améliorer" l'apparence et lisser le visage. 

Ces produits sont considérés comme sûrs lorsqu’ils sont injectés par des professionnels qualifiés. La plupart des effets indésirables (gonflements, œdèmes, douleurs, céphalées…) restent légers et transitoires. Mais des complications existent et peuvent être graves (nécroses, infections sévères…), surtout en cas de pratique illégale. Or, la tentation est grande, pour les jeunes portefeuilles, de se tourner vers des injectrices low cost. Par ailleurs, les données manquent sur les effets à long terme d'une utilisation répétée de ces produits chez les jeunes adultes.  

Des actes médicaux

En Belgique, les actes de médecine et de chirurgie esthétique ne peuvent être pratiqués que par des médecins habilités, comme le stipule la loi du 23 mai 2013. Les infirmières, esthéticiennes ou autres professionnels n'ont pas le droit de les réaliser, même sous la délégation d'un médecin. La chirurgie esthétique reste l'apanage des chirurgiens plasticiens et des spécialistes reconnus dans leur domaine d'expertise. En revanche, la médecine esthétique non chirurgicale peut être pratiquée par tout médecin. Une situation qui alimente les critiques : si les médecins sont tenus d'agir dans les limites de leurs compétences, l'absence d'exigences de formation spécialisée brouille les repères pour les patients.
Dans le même temps, la médecine esthétique est envahie par des praticiens illégaux. À domicile, dans des salons de beauté ou pseudo-cabinets, des personnes sans qualification médicale s'adonnent à un business florissant. Une cinquantaine de dossiers pour exercice illégal de l'esthétique médicale ont été traités l'an dernier par le SPF Santé publique, mais le phénomène semble loin d'être endigué. 

S'accepter et oser être soi 

Une question émerge au fil de ces réflexions : faut-il passer par la transformation esthétique pour se sentir bien dans sa peau ? La psychologue et conseillère en image Melinda Liberto invite chacun et chacune à construire une image de soi qui privilégie l'acceptation, la connaissance de soi et le bien-être, en adéquation avec sa personnalité.