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Maniaco-dépression

La maladie maniaco-dépressive, une maladie trop souvent stigmatisée, est un trouble de l’humeur appelé trouble bipolaire ou cyclothymique car elle se manifeste classiquement par phases successives : l’accès maniaque, l’accès dépressif et la phase normale.

Qu'est-ce que la maniaco-dépression ?

Maladie spécifique, la maniaco-dépression se divise en phases successives : la phase maniaque et la phase dépressive. Selon les personnes, ces phases durent plus ou moins longtemps.

Une maladie spécifique


« La maladie maniaco-dépressive est très spécifique et ne peut être assimilée à l’ensemble des problématiques dépressives », explique d’emblée le Dr Schepens, chef du service psychiatrie de l’hôpital St Pierre à Ottignies. « Le diagnostic n’est pas facile à établir car lorsqu’on traite la personne dans l’urgence, on ne sait pas toujours ce qu’elle a vécu auparavant. Or, c’est la succession de périodes dépressives et/ou maniaques qui détermine cette maladie ».

La répétition des phases


En effet, la maladie se manifeste classiquement par des troubles cycliques de l’humeur avec des phases maniaques et des phases dépressives. Entre ces phases, la personne vit plus ou moins normalement. Les cycles subissent généralement des influences saisonnières.

Typiquement, il s’agit d’accès dépressifs à l’automne avec rémission ou transformation en accès maniaque au printemps. Mais les phases peuvent se succéder plus ou moins rapidement selon les individus, certains connaissant au moins quatre accès en un an (on parle alors de cycle rapide). La durée des intervalles entre deux épisodes est également très variable d’une personne à l’autre (elle peut être de plusieurs années).

Alors qu’habituellement ces phases se suivent, il arrive que des symptômes dépressifs soient enchevêtrés à des symptômes maniaques. La fréquence des accès tend à augmenter avec l’âge.

La phase maniaque


En phase maniaque, la personne est exubérante, exaltée, impulsive. Elle est mégalomane et surestime ses capacités. Facilement irritée, sarcastique et colérique, elle perd toute inhibition et tout tact, ce qui peut avoir des conséquences fâcheuses avec l’entourage... La pensée est tellement accélérée que le flot verbal ne peut suivre le rythme, et la personne passe d’un sujet à l’autre. Le maniaque est en agitation constante. Il entreprend plusieurs projets de front sans prendre le temps de les examiner. Cette excitation psychomotrice s’accompagne de troubles du comportement avec familiarités excessives, activité sexuelle débordante et achats inconsidérés. Un syndrome délirant peut accompagner cet état. L’insomnie est constante mais ne s’accompagne d’aucune fatigue. Le maniaque se sent vraiment bien et n’a pas de conscience morbide de son état.

La phase dépressive


En phase dépressive, à l’inverse, l’individu est mélancolique, triste. Il perd tout goût de s’amuser et n’éprouve plus de plaisir dans la plupart des activités. Il pleure sans contrôle, se dévalorise et se culpabilise. Il n’arrive pas à formuler sa pensée, à se concentrer. Toute activité devient pénible. Même les actes quotidiens sont des corvées qu’il essaie d’éviter. Anorexie et baisse de la libido sont fréquents. Le dépressif reste souvent couché mais il est anxieux et souffre d’insomnie, préoccupé par ses idées pessimistes. Durant cette phase, le risque suicidaire est majeur, la souffrance psychique étant indescriptible.

Une maladie endogène


La psychose maniaco-dépressive est une pathologie endogène c’est-à-dire que la vulnérabilité à la maladie est largement déterminée par des facteurs génétiques (1). Alors qu’elle est de 3 à 4 pour 1.000 dans la population générale, l’incidence augmente à 15 % dans une même famille. Cela étant, il n’y a pas d’aspect inéluctable ou systématique dans la transmission de la maladie. On admet également que certaines situations ou certains événements « stressants » favorisent la survenue d’accès dépressifs ou maniaques : deuil, accouchement…

Les premières manifestations de la maladie apparaissent avant la 35e année, généralement dans la vingtaine.

(1) Dans le cerveau des personnes atteintes de maniaco-dépression, le système biochimique de transmission des messages et celui du régulateur d’humeur fonctionnent mal. Des chercheurs américains ont découvert qu’un des gènes reliés à la maniaco-dépression serait situé sur le bras long du chromosome humain n° 18. Ce gène est lié au récepteur de la mélanocortine, une protéine qui interagit avec un important régulateur d’hormones dans le cerveau.

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Comment traiter la maniaco-dépression ?

Traiter la maniaco-dépression doit constituer un projet thérapeutique global afin d'être bénéfique pour le patient. Celui-ci doit donc essentiellement adhérer au projet.

Une maladie chronique


« La maniaco-dépression est une maladie chronique qu’il ne faut pas dramatiser car elle est contrôlable », précise le Dr Schepens. « Elle exige un projet thérapeutique global avec un suivi médical et psychologique systématique au long cours. L’objectif majeur est d’éviter les rechutes et si elles arrivent, de les prendre en charge au plus vite pour éviter le cycle infernal. L’adhésion du patient à ce projet est dont essentielle. Il faut qu’il suive de manière stricte le traitement médicamenteux indispensable pour équilibrer l’humeur. Il faut aussi qu’il tire la sonnette d’alarme dès qu’il identifie les symptômes annonciateurs de crises. Cela n’est d’ailleurs pas toujours évident car certains patients désirent revivre les phases maniaques où ils se sentent si bien ».

Le traitement


Le traitement médicamenteux est de deux sortes : le traitement propre aux accès et le traitement de fond qui vise à prévenir les récidives, réduire l’intensité et les excès des phases et obtenir un équilibre de l’humeur.
Dans les accès maniaques, le traitement fait classiquement appel aux neuroleptiques tandis que les antidépresseurs sont à la base du traitement des accès dépressifs. « Traiter chaque phase aiguë quand elle arrive est indispensable mais insuffisant », assure le Dr Schepens. « Le traitement médicamenteux de fond repose essentiellement sur les thymorégulateurs, dont le lithium est le chef de file. Mais étant donné les risques d’altération rénale à long terme du lithium et les contre-indications (1), on utilise de plus en plus souvent le Tegretol et le Depakine, dont les indications premières concernent l’épilepsie mais qui donnent de très bons résultats. Au plus le traitement est intégré sur base des régulateurs, au moins la personne aura besoin de traitements annexes ».

(1) Les contre-indications principales sont l’insuffisance cardiaque, l’insuffisance rénale, l’hypothyroïdie, le régime sans sel, le premier trimestre de la grossesse.

Le plus d'une psychothérapie


Il faut impérativement adjoindre au traitement médicamenteux une psychothérapie de soutien, comme dans toute maladie psychiatrique. Mais des psychothérapies plus structurées peuvent également être indiquées pour contribuer à un meilleur équilibre de la maladie. Selon les cas, il peut s’agir de psychothérapies individuelles ou de groupe, de thérapies familiales, de psychanalyse… Par ailleurs, la participation à des groupes d’entraide s’avère très enrichissante dans la recherche d’un équilibre personnel (2).

« Il faut en tout cas éviter de réduire la prise en charge de la personne en souffrance aux seuls aspects médicaux », affirme le Dr Schepens. L’idéal est d’établir une collaboration étroite entre les professionnels de la santé, le psychiatre, mais aussi avec les proches du patient. Car le soutien de la famille et des amis est déterminant dans la manière dont la personne va prendre en charge sa maladie.

Du côté francophone, il n’existe qu’un seul groupe d’entraide spécifique aux personnes atteintes de maniaco-dépression. Une réunion a lieu tous les premiers jeudis du mois à Bruxelles. Elle est ouverte aux personnes maniaco-dépressives et à leurs proches et amis. Téléphone: 02/479.37.83., le jeudi, de 19 à 21h.

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L'asbl Similes

L’asbl Similes, association de familles et d’amis de personnes souffrant de maladie mentale, organise des groupes de parole pour parents, amis et personnes souffrant de maladie mentale. L’asbl donne également des conseils et informations juridiques et sociales. Pour tout renseignement ou pour connaître les sections locales de Similes, contactez la Fédération Similes francophone, rue Malibran, 49 - 1050 Bruxelles - bruxelles@similes.org - tèl. 02 511 06 19

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Direction médicale de la Mutualité chrétienne

Voir aussi